Rouge

J’ai commencé par peindre un fond jaune pour donner de la lumière au dessin.

Puis j’ai voulu l’assombrir un peu avec une touche d’encre, car la vie nous rappelle souvent sa gravité.

Et le noir a mangé le jaune. Presque tout le jaune.

Alors j’ai protégé la danseuse d’une sorte de manteau de plumes ou de (fausse) fourrure rouge.

Et au lieu d’être protégée, elle semble piquée par des pointes rouges.

Je la laisse en costume blanc.

J’aime bien aussi le blanc.

Et elle apparaît comme une fleur blanche fragile.

Elle est menacée mais sa vitalité rayonne.

Couleur café.

Dans le marc de café, on lit l’avenir, dit-on.

Mais pour avoir du marc de café, il faut faire du café traditionnel, par exemple avec ces cafetières à piston.

Cela est devenu rare.

Avec les cafetières à capsules de maintenant, le café reste muet.

Heureusement, il reste bon à boire. Son arôme titille les narines et réveille le matin.

Après, même si on ne lit plus l’avenir au fond des tasses, on peut imaginer plein d’histoires.

Peu importe la tasse, pourvu qu’on ait de la caféine.

Bonsoir tristesse

La mélancolie de ces derniers jours continue de se glisser sous mes ongles, sous mes seins, dans mes cheveux, le long de mon dos et dans la paume de mes mains.

Je crois la tenir éloignée, elle viens se faufiler près de moi et me rappeler qu’elle sera toujours là, toujours fidèle.

Elle me rassure aussi. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être pas ce que je la connais bien, qu’elle m’est familière.

Elle est juste parfois plus proche ou plus éloignée.

Elle ne m’empêche pas de bouillonner, d’aimer vivre. Elle rajoute juste une part de gravité, de vérité et de lucidité dans ma vie.

La paix viendra plus tard.

Mélancolie.

Je suis profondément mélancolique.

J’ai des atomes de mélancolie accrochés à mon ADN.

Cela donne parfois une légère mélancolie douce, parfois un spleen passager et d’autres fois de sombres pensées.

En vieillissant, les sombres pensées sont devenues plus rares et l’humeur plus égale.

Il n’empêche, je replonge parfois dans cet état à la fois proche et éloigné de la tristesse.

Le retour de la mélancolie n’est jamais bien loin. Elle est juste tapie dans un coin, prête à ressurgir.

Bien sûr, ce soir c’est le cas.

Alors, je dessine.

Une femme pensive.

Une femme, mélange de sylvidre et de jeune fille en fleur.

Avec de belles marguerites devant elle.

Sa douceur (presque molle) m’apaise.

Je l’aime un peu, beaucoup…..

Facilité.

On peut avoir envie de se laisser aller à la facilité.

Ce soir, c’est mon cas.

Grosse journée.

Des propos entendus lors de réunions qui m’ont un peu plombé le moral.

De longs échanges téléphoniques.

Alors ce soir, pas d’efforts.

La facilité.

Ronron

Mon chat est pelotonné contre mon épaule et son ronron me berce.

Je n’ose pas bouger un bras.

Mes paupières sont très très très lourdes et j’aimerais bien éteindre et dormir enfin.

Ah! Il bouge.

Ah, ben, c’est juste pour se caler un peu mieux.

Soit. Je vais patienter un peu.

Étendre un bras (celui qui reste libre) pour essayer d’attraper un bouquin (sérotonine de Houllebecq en poche).

Il est trop loin.

Tirer sur le drap pour le rapprocher.

Retendre le bras.

C’est bon, je l’attrape du bout des doigts.

Encore un effort. Je l’ai en pleine main.

Je l’ouvre et commence à lire.

Dès cet instant mon chat se lève et décide de voir ailleurs dans l’appartement si j’y suis (il est un peu bête des fois)..

Je vais pouvoir éteindre et dormir.

Arc en ciel.

Hier, il était question de liberté.

Ce soir, il est question de risque.

Enfin, de peur surmontée.

Ce soir, pas de traits au crayon préalable.

Tout à main levée, sans savoir la direction, sans idée préconçue.

Chaque coup de pinceau guide le prochain. Et pourtant avant de poser le pinceau, une hésitation : peindre à cet endroit ou pas? Et si je ratais? Et si je le faisais comme cela? Ce serait mieux, non?

Et ici? Qu’est-ce que cela donnerait?

Et finalement, la personne qui surgit me surprend et me rassure à la fois.

Le résultat n’est pas si mal.

Il est montrable.

Liberté à l’aquarelle

Avec moi, mais sûrement parce que j’ai beaucoup de manque en technique de peinture, l’aquarelle est libre.

Libre de se diffuser et de déborder quand j’ai été trop impatiente et que la première la première couche n’était pas sèche par exemple.

Cette diffusion, ces étalements involontaires créent des surprises que j’aime laisser aller.

Et je regarde mon dessin comme s’il avait une vie propre, qu’il prenait son indépendance.

Et j’adore cela.

West Side Story

Dès que j’ai commencé à la dessiner, cet air bravache m’a rappelé celui d’Anita et ses amies dans West Side Story (Maria est trop douce).

Je repense à ce film, aux chansons que mon papa aimait fredonner (« I like to be un America… »), à ses quelques défauts qui ont bien mal vieilli et surtout à ces danses pleines d’énergie et de jeunesse.

Et je me trouve bien rouillée maladroite et vieille…..

Heureusement que je peux dessiner!

Couleurs

Retrouver un peu de couleurs ce soir.

Le dessin est moyen mais l’aquarelle et l’encre le sauvent.

Je finis même par lui trouver une gentille bobine à cette Puce en robe de flamenco.

Et avec ses cheveux rouges…. Comment ne pas penser à Rita Hayworth?

Put the blame on me, boy!

Pop

Petite envie de pop légère et swinguante.

Petite envie de mini jupe.

Petite envie de couleurs criardes et psychédéliques.

Petite envie de se rappeler les cuisses de crevette de Twiggy.

Et ses grands yeux cernés.

Cendres

J’ai terminé « Soif » d’Amelie Nothomb, hier.

J’ai beaucoup aimé.

Il y est question, de façon très fine et intelligente, d’incarnation, de chairs, de sensations, de soif…

Maintenant, je porte en moi, certains de ses passages, des réflexions, teintées de touches de la folie d’Amelie.

Je les relirai sûrement.

Elle dit à un moment que toute relation commence par un verre.

Et je pense à ces instants de partage de verres qui ont scellé des amitiés, des amours….

Et ceux qu’on aimerait renouveler et qu’on peut pas. Ou en tous les cas pas immédiatement.

Ces souvenirs sont des flammes pour moi.

Des flammes magiques.

Qui ne finiront jamais en cendres.

suivre l’humeur

Les dessins suivent souvent l’humeur du moment.

Ils sont facilement gais quand on est gai et tristes quand on est triste.

Mais parfois les dessins font le contraire.

Parfois comme pour conjurer le sort, ils sont gais quand on est triste.

Quand quelqu’un que j’aime va mal, les couleurs qui diffusent comme des perles de rire me rappellent à quel point cette personne aime la vie.

Et je n’oublie pas les créoles pour la futilité. Et dans futile, il y a utile.

Elle râle (hommage à Jean Pierre Bacri).

Elle râle.

Elle aime râler. Elle plisse les yeux, elle penche la tête et elle laisse aller ses paroles.

Elle ne peut retenir une colère sourde contre les autres, tous les autres, contre le monde, tout le monde, contre tous, tous tous.

Elle distille une ironie implacable, armure et arme tout à la fois.

Elle se fiche de plaire, de déplaire. Elle veut dire.

Mais au fond d’elle, elle a de l’amour à revendre et au fond de ses yeux, de la tendresse qui aimerait tant embrasser cette humanité si imparfaite mais qui ne fait qu’affleurer.

Et ce simple affleurement est bouleversant d’émotion.