Pied noir

Mon père est pied noir.

Il m’a laissé dans le sang cette part de soleil et d’absolu, des éclats de couleurs contrastées.

Mon père est intelligent et cultivé. Il parle bien et sait se faire écouter. Sauf par ses enfants.

Il pleure un paradis perdu mais garde cette blessure secrète en silence. Sa plaie n’est pas un étendard.

Le présent est son cadeau.

Mon père est parfois maladroit et sentimental, aimant rire et ne redoutant pas le doute.

Mon papa est humain.

Et je l’aime.

Naïf et sincère.

Toutes les histoires d’amour sont des drames potentiels.

Des déchirements, des désillusions, des trahisons, en germe dès les premières heures, dès les premiers échanges de regards, qui s’épanchent ou qui s’éteignent doucement.

Une jeune fille qui est déçue par son amoureux les vit intensément, passionnément.

Je lui dirais tant de choses pour essayer de la consoler, mais je n’y parviendrais certainement pas.

J’imagine qu’un cœur abimé et endurci peinerait à trouver les bons mots pour toucher un cœur simple et frais….

Pourtant, je les partage ses douleurs…. Elles ont un écho en moi, une vibration lointaine, sourde.

On ne peut qu’assurer notre affection à la jeune fille et lui dire qu’on est là pour elle.

Coup de collier….

J’en ai donné des coups de collier ces dernières semaines, ces derniers mois avec un télétravail qui me submergeait.

Ce week-end, enfin 4 jours totalement libre sans audioconférence, sans réponse à des mails dont le flux ne paraît jamais se tarir…..

Bref, c’est la récré!

Le collier peut voler en éclat!

Le petit dernier….

Parfois, je commence un premier dessin, j’imagine beaucoup de choses autour et puis…. Pouf! Il tombe à plat.

Il ne me plaît pas. Les yeux sont ratés, il est niais, quelque chose cloche.

J’en commence un autre. Un peu mieux mais banal. Je ne le montrerai pas.

J’en finis un que j’avais débuté hier. Pas mal. Montrable? Je me pose encore la question.

Je voulais me lever mais mon chat est venu faire un câlin sur mes genoux.

Impossible de bouger.

J’en profite pour attraper une dernière une feuille. Encore un dessin. Le petit dernier.

Un peu d’encre très diluée et de l’aquarelle rouge…..

Peindre avec de l’aquarelle, j’aime vraiment cela.

Et là….

Je ne me pose plus la question est-ce ce que je le montre ou non.

Il me plaît.

Pas envie.

Non, franchement, je n’ai pas envie de prendre ma voiture demain.

Pas envie de retrouver mon bureau.

Pas envie de retrouver ce rythme qui me prenait tant d’énergie.

Envie de retrouver plus de vie, plus d’amis.

Non vraiment pas envie.

J’ai refait le mur.

J’ai un mur chez moi sur lequel je mets beaucoup de dessins et des tableaux.

C’est un mur généreux et accueillant.

Il est resté longtemps inchangé.

Je m’étais habituée à son aspect, ses couleurs….

Et puis….

Comme on a fait quelques travaux chez moi, le mur s’en est trouvé changé.

Ma grande Marylin peinte par Maria de Campos l’a quitté pour prendre son indépendance et le regarder du coin de l’œil.

Mon collage « femme coquelicot » à trouvé sa place dessus.

La gravure du petit garçon qui tire la langue de Didier Duyats (artiste du coin) est venue l’égailler.

Le beau cœur rose que mon fils m’avait offert pour une fête des mères lui donne une âme.

Et mes derniers dessins….. Je suis heureuse de les voir ainsi.

Cela ne fait pas si longtemps que j’ose les montrer et maintenant que j’ose les afficher chez moi.

Je pensais que cela pouvait faire prétentieux et finalement je ne le pense plus.

Je les aime bien là.

J’ai refais mon mur et il me plaît.